L’AV-over-IP s’est installé durablement dans les projets audiovisuels professionnels. Mais derrière la promesse d’un transport audio et vidéo sur réseau, une question reste décisive : jusqu’où peut-on réellement mélanger les équipements de plusieurs fabricants sans recréer un écosystème fermé ?

En 2026, IPMX franchit une étape importante. La suite de standards portée par l’Alliance for IP Media Solutions (AIMS), avec le VSF et l’AMWA, est désormais présentée comme une technologie certifiable et déployable. Pour les intégrateurs, l’enjeu dépasse la performance pure : il concerne la liberté de choix, la pérennité du système et la capacité à faire évoluer une installation sans dépendre d’un constructeur unique.

Le vrai problème : l’AV-over-IP ne garantit pas automatiquement l’interopérabilité

Deux équipements peuvent utiliser Ethernet, transporter de la vidéo sur IP et pourtant ne pas savoir fonctionner ensemble.

Pendant longtemps, de nombreuses solutions AV-over-IP ont reposé sur des architectures propriétaires. Elles peuvent être très performantes, mais elles imposent souvent de rester dans une même famille de produits pour l’encodage, le décodage, la découverte des appareils ou le contrôle.

Ce fonctionnement devient plus contraignant lorsque le projet grandit. Une salle de réunion peut évoluer vers plusieurs salles, un campus, un réseau d’affichage ou une infrastructure partagée entre audiovisuel et IT. À ce stade, le choix initial du protocole et de l’écosystème influence directement les possibilités d’extension.

L’intérêt d’un standard ouvert est donc moins de « remplacer » toutes les solutions propriétaires que d’offrir une base commune lorsque le projet exige de la souplesse et une interopérabilité vérifiable.

IPMX : une base commune pour l’AV professionnel sur IP

IPMX, pour Internet Protocol Media Experience, est un ensemble de standards et de spécifications destiné au transport et au contrôle des médias sur IP.

La technologie s’appuie notamment sur SMPTE ST 2110 pour le transport des médias et sur les spécifications AMWA NMOS pour la découverte, l’identification et la gestion des connexions entre équipements.

IPMX adapte cette base aux besoins du Pro AV. AIMS met notamment en avant :

AIMS indique également que certains profils permettent le transport de vidéo 4K60 sur une infrastructure Gigabit Ethernet, grâce à la compression adaptée au contexte Pro AV.

Le point essentiel n’est donc pas uniquement la bande passante. C’est la définition d’un comportement commun entre équipements provenant de fabricants différents.

Pourquoi la certification change la donne

Un standard n’a de valeur opérationnelle que si l’on peut vérifier qu’un produit le respecte réellement.

C’est pourquoi le programme de certification IPMX constitue une étape importante. Les produits certifiés sont testés par rapport aux spécifications et aux plans de test publiés afin de valider leur comportement et leur interopérabilité.

En juillet 2026, AIMS indiquait que plus de 50 produits issus de 11 fabricants avaient déjà été certifiés, couvrant plusieurs catégories : encodeurs, décodeurs, passerelles, caméras, écrans et plateformes de traitement.

Pour un intégrateur, cela apporte un repère supplémentaire. Au lieu de se limiter à la mention « AV-over-IP », il devient possible de vérifier si les produits appartiennent à un même cadre d’interopérabilité certifié.

Cela ne dispense évidemment pas de valider une architecture complète avant déploiement. Mais la certification réduit l’incertitude et donne une base plus solide pour concevoir un système multi-constructeurs.

Salle de réunion high-tech avec écrans muraux, équipements réseau, caméra PTZ et globe terrestre lumineux connecté par des lignes bleues.

Découverte et contrôle : un point souvent sous-estimé

Transporter une image est une chose. Trouver automatiquement les équipements, identifier leurs capacités et établir les bonnes connexions en est une autre.

C’est ici que l’intégration des spécifications NMOS prend tout son sens. Dans une architecture IPMX, elles fournissent un langage commun pour la découverte et la gestion des flux.

Pour l’utilisateur final, cette couche reste invisible. Pour l’intégrateur, elle peut simplifier la manière dont différents appareils sont identifiés et associés dans un même système.

À terme, cette approche peut limiter la multiplication des protocoles de contrôle propriétaires et faciliter l’ajout ou le remplacement d’un équipement dans une installation existante.

La sécurité devient également une caractéristique d’interopérabilité

L’AV-over-IP utilise l’infrastructure réseau de l’entreprise. Les enjeux de cybersécurité ne peuvent donc plus être traités séparément de l’audiovisuel.

IPMX intègre plusieurs mécanismes destinés à cette convergence AV/IT. AIMS cite notamment le Privacy Encryption Protocol (PEP) pour permettre un chiffrement interopérable des flux entre constructeurs, ainsi qu’un alignement avec AMWA IS-10 pour l’authentification et l’autorisation.

Les mécanismes associés s’appuient sur des technologies courantes dans l’IT, dont TLS, OAuth 2.0 et les JSON Web Tokens.

Pour les projets d’entreprise, d’enseignement supérieur, de collectivités ou de sites sensibles, cette approche est importante : l’interopérabilité ne doit pas seulement concerner l’image et le son, mais aussi la manière dont les équipements s’intègrent aux politiques de sécurité du réseau.

Dans quels projets l’approche multi-constructeurs devient-elle intéressante ?

L’intérêt d’IPMX apparaît particulièrement lorsque la durée de vie du projet dépasse celle d’une seule génération de produits.

Campus et grands sites

Sur un campus d’entreprise ou universitaire, les salles peuvent être équipées progressivement. Un standard commun facilite la coexistence de plusieurs générations et de plusieurs marques.

Affichage dynamique

Une infrastructure IP peut distribuer des contenus vers de nombreux points d’affichage. Pouvoir choisir séparément les encodeurs, décodeurs, processeurs ou écrans apporte davantage de souplesse dans l’évolution du parc.

Événementiel et production live

Les environnements temporaires nécessitent souvent d’assembler rapidement des équipements provenant de différents prestataires. Une interopérabilité standardisée peut réduire les dépendances à un écosystème unique.

Salles de réunion et espaces collaboratifs

Dans une installation multisite, les besoins peuvent varier d’une salle à l’autre. Une architecture ouverte permet de sélectionner les équipements en fonction du besoin réel plutôt que de la seule compatibilité avec une plateforme propriétaire.

Convergence broadcast et Pro AV

Comme IPMX s’appuie sur la famille SMPTE ST 2110 et sur NMOS, il crée également un pont intéressant pour les environnements où les infrastructures de production et les installations audiovisuelles professionnelles doivent communiquer.

Ouverture ne veut pas dire absence de conception réseau

L’utilisation de standards ouverts ne simplifie pas tous les aspects d’un projet AV-over-IP.

Le réseau reste un élément central de l’architecture. Il faut toujours dimensionner la bande passante, choisir les commutateurs adaptés, maîtriser les flux multicast lorsque l’architecture les utilise, définir les besoins de synchronisation et intégrer les règles de sécurité de l’entreprise.

Il faut également vérifier les profils et fonctions réellement certifiés sur chaque produit. Deux appareils IPMX peuvent appartenir au même écosystème ouvert tout en proposant des capacités différentes.

La bonne approche consiste donc à considérer IPMX comme une base d’interopérabilité, pas comme une garantie que n’importe quel équipement pourra être assemblé sans étude préalable.

Ce que cela change pour un intégrateur audiovisuel

Le principal bénéfice est la possibilité de concevoir l’infrastructure avec une logique plus modulaire.

Un projet peut commencer avec un nombre limité d’équipements, puis évoluer en ajoutant de nouvelles sources, de nouveaux écrans ou de nouveaux traitements. Si les briques respectent un standard commun et certifié, le remplacement d’un élément devient potentiellement moins dépendant du fabricant choisi plusieurs années auparavant.

Cette liberté peut aussi permettre de sélectionner le produit le plus pertinent pour chaque fonction : caméra, encodeur, décodeur, affichage ou traitement, sans imposer automatiquement la même marque partout.

Pour le client final, cela contribue à limiter le verrouillage propriétaire et à préserver davantage de choix lors des futures évolutions du système.

En 2026, l’interopérabilité devient un critère de conception

La question n’est plus seulement de savoir si une solution peut transporter une image en 4K sur un réseau IP. Il faut aussi se demander comment elle pourra évoluer, avec quels autres équipements elle pourra fonctionner et dans quelle mesure cette compatibilité est réellement vérifiée.

Avec son passage à un standard certifiable et un écosystème de produits désormais concret, IPMX apporte une réponse structurée à cette problématique.

Pour les intégrateurs, le bon réflexe consiste à intégrer l’interopérabilité dès le cahier des charges : pas comme une option technique, mais comme un critère de pérennité du projet.

EAVS Groupe accompagne les professionnels dans la conception d’architectures AV-over-IP et le choix des équipements réseau, de transport et de distribution adaptés aux contraintes de chaque installation.